LA VIe Dans l'usine

La vie dans la cité était rythmée par l'appel de la sirène qui appelait les travailleurs trois fois par jour.  Les vélos s'élançaient et les hommes allaient pointer à l'entrée de l'usine, enfilaient leur tenue de travail et rejoignaient leur poste.  

Les commerces adaptaient leurs horaires d'ouverture aux entrées et sorties de l'usine.


l'embauche

« Mon père est né en 1922, il a travaillé à l’usine à l’étirage à 11 ans, inscrit sous le nom de mon grand-père. Suite aux grèves de 1936, l’usine l’a débauché, vu son jeune âge il n’avait plus le droit de travailler . Huit jours après il a été embauché sous son propre nom ».

Françoise Dubois

 

« J'avais 14 ans quand mon frère m’a dit : « Tiens j’ai vu Monsieur Bisiou, tu rentres à l’usine, tu commences demain matin ». Du jour au lendemain, j’y suis allé ! On avait une musette en cuir et on allait à la Poste, on s’accrochait à la fenêtre, on montait sur le petit rebord et on demandait " le pli du siège" »  Les gars qui allaient à l’école et qui me voyaient attendre là disaient « Oh Bréard, qu’est-ce que tu fais là ? », et je leur répondais que désormais je travaillais à l’usine… J’ai fait cela pendant un an puis j’ai été intégré dans les bureaux et j’ai fini à la comptabilité. J’ai passé le CAP à 32 ans, avec un cours par correspondance ».

Robert Bréard

L'arrivée en vélo - Coll Redouani
L'arrivée en vélo - Coll Redouani

Mme Eugène infirmière - 1930 - Coll Tribhou
Mme Eugène infirmière - 1930 - Coll Tribhou

LES femmes dans l'usine

Les femmes entrent à l'usine pendant la Grande Guerre et travaillent à la production. Au retour des hommes, elles sont remplacées et seulement quelques femmes continuent à y travailler.

 

« J’ai commencé à travailler à l’usine lorsque j’avais 13 ans. J’ai appris le métier de cisailleuse. J’allais travailler à pied. Il n’y avait pas de lumière. Le pointage se faisait aux quais. Pierrot Tarin m’accompagnait sur sa bicyclette. J’ai toujours eu peur, même si je savais me défendre.

La vie était « raide ». Au travail, tout était fait à la main, il n’y avait pas de palan. Mes jambes étaient bleues du genou à la hanche. C’était un travail de force. Les plus anciens en faisaient baver aux plus jeunes, prétextant que ces derniers voulaient prendre leur travail ».

Lulu Moisson

 

 


le travail à La Fonderie

« Je travaillais avec des Marocains, des Algériens, des Russes, des Tunisiens, … Personne ne voulait y travailler car c’était un travail sale, crevant mais on gagnait plus. Il suffisait de traverser la fonderie et on était tout noirs !

Quand on se lavait, on avait encore l’empreinte du pouce noire ! Cela venait de la plumagine qu’on utilisait, on la mélangeait avec de l’eau et on l’étalait avec un pinceau. Quand la trémie était chaude, la poudre restait et ça ne collait pas. Il y avait deux fonderies : la fonderie d’alliage et la fonderie de cuivre. La plus sale c’était la fonderie de cuivre, j’ai vu des fois où après avoir chargé le four, on sortait tous pour dégueuler. Le vert de gris qui chauffait nous rendait malades.

C’était dur, pourtant j’ai préféré travailler à la fonderie rouge : c’était plus intéressant, on était fiers quand on sortait un bon échantillon ».

Eugène Legrand

La Fonderie - Coll E. Legrand
La Fonderie - Coll E. Legrand

L'atelier où a eu lieu l'accident - Coll Pontin
L'atelier où a eu lieu l'accident - Coll Pontin

ACCidents et solidarité

« L’année même où mon mari est rentré à l’usine, il a eu un grave accident. Il était occupé à compter de grandes plaques de cuivre, tout d’un coup les plaques sont tombées sur lui, il s’est retrouvé coincé sous plusieurs tonnes et a eu les jambes broyées par une pile de 12 tôles de cuivre qui se sont abattues sur lui. Madame Blavette se tenait près de lui pour qu’il ne s’endorme pas. Il a été affreusement mutilé et est resté deux ans sans marcher ».

Irène P

 

« Les différents services de l’usine ont organisé des matchs de foot entre équipes pour pouvoir redistribuer les recettes à sa femme. Je me souviens d’avoir joué dans l’équipe des Expéditions contre ceux de la Fonderie, on a pris la pâtée !»

Redouani


L'usine et la cité

L’usine offre de nombreux services à la population ouvrière, douches, infirmerie, bibliothèque, transport, Noëls des enfants, colonies, layette, Coopérative. Elle gère les cités, assure les travaux, le service des eaux, le ramassage des déchets, ...

 

« Ce qui marque une population, c’est quand la plupart des gens partagent une même réalité humaine et là c’était l’usine. S’il y avait un accident, une grève, tout le monde partageait cette réalité. Si on parlait de fermer l’usine, ce qui arrivait de temps en temps, parce que si on veut que les gens ne la ramènent pas de trop, c’est plus facile de faire courir le bruit d’une fermeture et alors tout le monde était concerné ».

Abbé Désiré Lepoil

Collection Le Callonec
Vue d'entrée de l'usine Années 60 - Coll Le Callonec



Mémoires d'une cité ouvrière, Dives-sur-mer - 1891-1970

Association "Un fleuve pour la liberté, la Dives"

Dives-sur-mer - Normandie